Faire miséricorde et en bénéficier

Audience generale 09 2016

 

Dans la bulle d'indiction du jubilé de la miséricorde, le pape François rappelait avec insistance que "la miséricorde, c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre." En d'autres termes, on ne peut conceptualiser la miséricorde sans la galvauder, car elle se comprend surtout par ses fruits. Comme jeune prêtre, ordonné en juin dernier, je peux témoigner de cette réalité, tant j'en ai été le bénéficiaire et l'agent.

L'expérience de la miséricorde a d'abord été pour moi celle de la providence de Dieu qui, par son agir libre, a mis la main sur ma vie pour la combler en surabondance. Par sa miséricorde, Dieu a choisi de faire de moi un de ses prêtres et m'a donné sa grâce par l'ordination. La liberté divine est un mystère, sa générosité pour moi incompréhensible et son don totalement gratuit. Aussi le fruit de cette expérience de miséricorde est-il l'adoration et la louange. "Je suis plein de gratitude envers celui qui me donne la force, le Christ Jésus notre Seigneur, car il m'a estimé digne de confiance lorsqu'il m'a chargé du ministère, moi qui étais blasphémateur, persécuteur, violent. Mais il m'a été fait miséricorde. Au roi des siècles, Dieu immortel, invisible et unique, honneur et gloire pour les siècles des siècles" (1 Tm 1, 12-13.17).

Bénéficiaire de la miséricorde, j'ai aussi eu la joie d'en être l'instrument. Présent à la rencontre entre Dieu et les pénitents lors de la célébration du sacrement du pardon, j'ai reçu le fruit suprême d'une plus grande proximité avec le coeur de Dieu. Devant les péchés confessés, j'ai fait l'expérience d'une appropriation personnelle de la volonté de Dieu. "Dieu veut faire à tous miséricorde" (Rm 11, 32). Sa volonté agit dans le prêtre avec force. Devant le péché, j'ai été touché intérieurement par le désir divin de pardonner. "La grâce de notre Seigneur a été encore plus abondante, avec elle la foi et l'amour qui est dans le Christ Jésus" (1 Tm1, 14).

Enfin, l'expérience du pardon donné au nom de Dieu m'a renvoyé à celui que je reçois toujours imparfaitement. J'ai contemplé l'effet de la miséricorde dans les cœurs pénitents : Ils deviennent des cœurs fendus où la lumière de Dieu peut de nouveau passer et éclairer des pans entiers de vie. Cela m'a renouvelé dans la relation à ce sacrement et me l'a fait mieux comprendre : les pénitents cherchent le cœur de Dieu. Pour que je sois conformé à lui, la miséricorde en sa source, le cœur ouvert de Jésus, doit parvenir jusqu'à moi sans altération. Il faut que mon cœur de prêtre soit lui aussi un cœur blessé par la reconnaissance de mon propre péché qui offense l'amour de Dieu, par la miséricorde qui vient le travailler et le briser, pour qu'à travers lui passent les rayons de la grâce. Pour le pasteur, le fruit de l'expérience de la miséricorde est in fine le consentement à avoir un cœur brisé comme celui du Christ, à être livré tout pauvre afin que ceux qui s'approchent de lui trouvent en son cœur la possibilité d'un repos, un lieu où Dieu est proche et où sa miséricorde agit concrètement. Qu'ainsi à toute heure nous vivions notre vie comme une histoire de salut où Dieu agit et que nous puissions lui dire avec certitude : Maintenant, "c'est l'heure de ta grâce" (Ps 68, 14).

Ambroise Riché, diocèse de Nanterre,

Collège des prêtres.

Adresse : Via santa Chiara, 42. 00186 Roma. Italie. Tél : 0039 06 68 02 11

Séminaire pontifical français de Rome - Faire miséricorde et en bénéficier.
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