La liberté chrétienne et la vie dans l'Esprit Saint chez Fauste de Riez

 

 

 « Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir » (Ga 5,25). En associant la vie de l’Esprit Saint qui habite le cœur de l’homme aux actions que celui-ci réalise par sa liberté, ce verset de saint Paul trouve dans le De Spiritu Sancto et le De gratia de Fauste de Riez, un développement intéressant qui fut l’objet d’une tesina au séminaire français et dont il est ici fait une brève présentation.

 

 

Fauste de Riez est peu connu. Et quand il l’est, une réputation de semi-pélagien lui colle souvent à la peau. Pourtant Fauste ne l’est pas ! D’ailleurs le second concile d’Orange généralement convoqué à son encontre ne le nomme pas. Certes son De gratia Dei et libero arbitrio contient quelques formules maladroites et équivoques, mais les dernières études sont assez critiques pour resituer l’auteur dans son contexte et se prononcer avec plus d’honnêteté que les moines scythes du vie siècle et autres compères des temps modernes. 

 

Avant d’être évêque de Riez et d’écrire ses traités, Fauste fut moine de 424 à 457 environ à Lérins. Ces quelque trente années en abbaye marquèrent en profondeur sa pensée et sa vie intérieure. À l’école de Cassien et d’Honorat eux-mêmes pétris par la spiritualité des moines du désert, Fauste fut façonné par une morale et une spiritualité de type « monastique » où l’essentiel est mis sur un certain « activisme » ascétique mais qui évite le piège de l’orgueil pélagien. Indéniablement, son œuvre en porte le reflet.

 

Fauste de Riez est le principal protagoniste de ma tesina. Mais mon propos ne consistait pas à ajouter de l’encre à ce vaste débat sur l’orthodoxie de cet homme. Sans ignorer cette dispute dont il fit l’objet, il s’agissait d’étudier les deux traités qui lui sont attribués et l’éventuel lien qui les rejoint. Après une présentation du De Spiritu Sancto et du De gratia Dei et libero arbitrio visant à en repérer à chaque fois l’unité, la cohérence et les points saillants, leur mise en perspective a été donc été étudiée. 

 

Le premier traité de Fauste fut écrit vers 470. Face aux erreurs macédoniennes et novatiennes qui s’en prenaient à la divinité de l’Esprit Saint, l’objectif consistait à défendre la vérité de la foi. Le De Spiritu Sancto articule ainsi l’unité divine, la distinction des Personnes et la divinité de l’Esprit Saint. Mais au final, le cadre d’une réflexion simplement dogmatique sur la troisième Personne de la Trinité est dépassé car Fauste y ajoute des éléments anthropologiques et spirituels : l’Esprit Saint est Dieu, il habite le cœur du chrétien et l’anime de sa présence. Tout homme « devenu temple de l’Esprit » (1Co 3,16) est ainsi appelé à vivre de celui qui l’habite.

 

Rédigé vers 473 pour exposer les décisions du concile de Lyon de 471, le De gratia développe lui aussi une réflexion sur Dieu et sa créature. L’enjeu y est cependant différent : face aux écueils pélagiens et prédestinatiens qui exaltent ou nient l’effectivité du libre arbitre, Fauste s’efforce d’articuler la grâce et la liberté humaine pour donner à celle-ci sa juste place dans le dessein divin. Pour l’évêque de Riez, la grâce divine est première et constante mais cela n’implique aucun déni de la liberté humaine. Au contraire, puisqu’il aime et respecte la liberté de l’homme, Dieu ne cesse de l’éveiller, de la conduire et de la finaliser afin qu’elle entre en alliance avec la sienne et participe ainsi à la vie qui lui est donnée : « Prendre à cœur le salut de l’homme, c’est coopérer à l’action du Rédempteur » (DG I, 10) déclare l’ancien moine. 

 

Successivement, Fauste a donc démontré que l’Esprit Saint habitait l’homme, puis que celui-ci était appelé à coopérer avec Dieu. Par conséquent, l’existence d’un lien unissant les deux traités semblait évidente. Mais encore fallait-il en expliciter le sens pour mieux comprendre la délicate articulation entre la liberté de l’homme et l’Esprit Saint. Semble-t-il jamais faite, cette mise en perspective des deux traités apparaissait également comme l’occasion de poser un regard plus large et peut-être renouvelé sur la pensée de leur auteur. Seulement, un premier constat s’est rapidement imposé : aucun lien explicite ne relie les deux traités. Nulle part, Fauste ne renvoie à son premier traité lorsqu’il écrit le second. Pourtant les occasions de le faire furent nombreuses. Plus étonnant encore, les deux réflexions ne sont pas fondées sur les mêmes versets : entre les deux cents citations bibliques du De Spiritu Sancto et les trois cents recensées dans le De gratia, seules cinq sont communes ! Autrement dit, Fauste opère une séparation au niveau le plus fondamental, celui de l’enracinement scripturaire, selon qu’il parle de l’Esprit Saint ou de l’articulation entre la grâce et la liberté. Si cette distinction se généralisera dans la théologie latine à l’inverse de la réflexion orientale, elle met à mal l’idée d’un éventuel lien entre les traités.

 

Pourtant, cette conclusion n’a pas été retenue, car une étude plus approfondie a finalement révélé la complémentarité des deux réflexions de Fauste. Chacun des traités aborde, en effet, le mystère de la vie baptismale avec une réflexion sur la dignité filiale et l’authentique liberté chrétienne qui lui est associée selon des aspects différents et complémentaires. Moins éloquent sur les réalités concrètes de la coopération à la grâce divine, le De Spiritu Sancto pose un élément fondamental de la vie intérieure lorsqu’il parle du « temple de l’Esprit Saint » qu’est le baptisé et qu’il indique que celui-ci est appelé à vivre la volonté divine en se soumettant à l’Esprit de Dieu. Quant au De gratia, s’il ne fait qu’évoquer très brièvement l’inhabitation de l’Esprit Saint, il offre cependant des éléments permettant de concrétiser cette articulation entre la liberté humaine et l’action divine en lui donnant une visibilité dont les fruits sont également ecclésiaux et missionnaires. Autrement dit, c’est par le jeu subtil d’une présence divine tant intérieure qu’extérieure à la volonté humaine, que celle-ci est appelée à se révéler, à s’unir à Dieu et à illuminer le monde entier : « Il nous faut porter corporellement celui qui nous possède spirituellement » (DSS II, 12) écrit Fauste à la fin du De Spiritu Sancto. Avec leur dimension complémentaire, les deux traités semblent ainsi unis pas un rapport dialectique. Or, pour l’évêque de Riez, le ressort de ce rapport comprend l’humilité, l’effort et l’obéissance comme autant d’expressions de la soumission de la volonté humaine à celle de Dieu. La réflexion de Fauste apparaît ainsi éclairante et fructueuse pour qui désire vivre de l’Esprit Saint en exerçant de façon authentique sa liberté d’enfant de Dieu. Car en définitive, elle offre un développement à ce que saint Paul affirme : « puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir » (Ga 5,25).

 

 

P. Cyrille Janssen

Prêtre du diocèse de Paris

2ème année de licence à la Grégorienne

 

 

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