8 décembre 2012 - L'Immaculée Conception

   

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Immaculée Conception 2012

Fête du Séminaire français

 

En 2012, la solennité de l'Immaculée Conception, fête de notre Séminaire a été présidée par le Cardinal Tauran en présence des Français travaillant à la Curie romaine.

Quelques photos et l'homélie du Cardinal sont à votre disposition :

 

 

 

  


 

 

Homélie du Cardinal TAURAN

Séminaire pontifical français, Rome, 2012

 

En 1876, avec une émouvante sincérité, Bernadette Soubirous, devenue religieuse, écrivait ainsi au pape Pie IX : « du ciel la Sainte Vierge doit jeter souvent son regard sur vous, Très Saint-Père, parce

que vous l'avez proclamée Immaculée. Et cette bonne Mère, quatre ans après, est venue dire « Je suis l'Immaculée Conception » et moi je ne savais pas ce que cela voulait dire, je n'avais jamais entendu ce mot, puis, en réfléchissant, je me suis dit la Vierge est bien bonne, elle est venue

confirmer la parole du Saint-Père ».

 

Le 8 décembre 1854, le Souverain Pontife avait voulu confirmer et proclamer ce que l'Eglise, au long des siècles, a toujours cru au sujet de l'incomparable dignité de Marie, Mère de Dieu : à savoir qu'au moment de sa conception, elle fut préservée de la tache originelle, par une grâce spéciale, en prévision des mérites rédempteurs de son Fils Jésus Christ.

 

Pour éviter tout désaccord entre la mère et le fils, il fallait que le cœur de Marie fût absolument pur. En échappant à la marque du péché originel, Marie est ainsi la première victoire du Sauveur. « Pour être la mère du Sauveur, Marie fut pourvue par Dieu de dons à la mesure d'une si grande

tâche» (LG 56).

 

Marie se présente donc comme la merveille de l'amour de Dieu, comme la première victoire du Sauveur, la première rachetée. Ce qui fait dire à la Constitution dogmatique Lumen Gentium : « le Père des miséricordes a voulu que l'incarnation fût précédée par une acceptation de la part de cette Mère prédestinée, de sorte que, une femme ayant contribué à l'œuvre de mort, de même une femme contribuât aussi à la vie » (ibid.).

 

1. MARIE, c'est l'histoire d'une vocation

 

Marie a été choisie, préparée par Dieu. Comme elle appartient à notre race, eh ! bien elle nous rappelle qu'à nous aussi Dieu a destiné une place dans l'Eglise et dans la société. Dieu nous connaît par notre nom et nous appelle, avec nos talents et en dépit de nos limites, à œuvrer en vue de l'évangélisation. Chacun de nous, et les ministres ordonnés en particulier, doit faire écho aux paroles de Paul aux presbytres d'Ephèse qui, en les quittant, leur déclara : « mon but c'est de mener à bien ma course et le service que le Seigneur m'a confié : rendre témoignage à l'Evangile de la grâce de Dieu » (Ac 20-24). « Etre le maillon d'une chaîne, car j'ai été créé pour faire quelque chose ou pour être quelqu'un et personne d'autre que moi n'a été créé pour cela» (J. H. Newman). C'est la grandeur et le mystère de la vocation de chacun.

 

2. MARIE c'est une réponse

 

Le dialogue entre Marie et l'Envoyé de Dieu, le cadre de la rencontre la situation personnelle de Marie tout concourt à nous faire comprendre que Dieu agit dans l'ordinaire du quotidien : « l'Eternel

rentre dans le temps, le Tout se cache dans le fragment, Dieu prend le visage de l'homme » (FR 12 ) La fécondité de Marie est due à son OUI.

Ce que nous célébrons aujourd'hui c'est cette totale ouverture à Dieu. Cette totale acceptation de Dieu dans une existence humaine. Il faut être prêt à l'accueillir et cela suppose la persévérance dans le silence, la prière, l'étude, l'attention aux autres. Si Marie a pu dire « oui » c'est qu'elle était une contemplative. Elle lisait la bible, se rendait à Synagogue etc... les peintres italiens de la Renaissance représentent souvent la scène de l'Annonciation et on y voit plus d'une fois Marie, la Bible en mains. Quelle leçon en tirer pour nous ? Soyons réalistes : fils de notre époque,

nous avons des difficultés à adopter le silence dans notre journée ; nous cédons souvent au désir de paraître ; la prière est parfois plus une obligation qu'un attrait vers ce Dieu qui « nous a destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ ». Si Dieu est pour nous un sujet de thèse, si nous parlons de lui en le désignant par« Lui» ou « I » sans jamais lui dire « Tu » eh bien ! cela veut dire que nous sommes en train d'oublier le visage de Dieu. Bien rapidement il ne sera plus pour nous qu'une idée et sans tarder un simple mot.

 

A quelqu'un qui nous interpelle il faut répondre. Il s'agit d'abord d'entendre, ce qui suppose des espaces de silence : une personne accaparée par elle-même est incapable d'écouter. Notre vie est pleine de visites par lesquelles Dieu, utilisant des intermédiaires et divers messagers, nous fait connaître sa volonté. Il s'agit pour nous d'accepter petit à petit que Dieu trouve sa place en nous, comme il est né en Marie. Il s'agit d'être en état de veille : il y a un premier appel, et il y a ceux qui

suivent : on a souvent peur d'être entraîné trop loin : combat quotidien : Marie s'est posée des questions (« comment cela se fera-t-il? »), mais elle a été capable d'entendre, parce qu'elle était

préparée. Elle nous enseigne ce qu'est la foi : faire confiance à Dieu sans réserve. A un Dieu qui parle et nous rejoint au cœur de nos vies. Elizabeth de Miribel, secrétaire du gal de Gaulle annonça un jour à André Malraux qu'elle entrait au Carmel. « Comment vous, l'unique femme à occuper un poste de responsabilité au Quai d'Orsay, vous entrez au couvent, en plus chez les Carmélites ! Pourquoi ? La réponse fut immédiate : Je ne sais pas, mas j'ai l'impression que je réponds à

quelqu'un» !

Il y a certes différentes manières de répondre à Dieu :

= en posant des conditions : la prière devient alors un marchandage ;

= on demandant du temps, car on a peur d'être contraint à aller trop loin;

= en évitant, tout simplement Jésus=Christ (mais est-ce possible ?).

La seule réponse digne d'un chrétien c'est de répéter la réponse de Marie : « que tout se passe selon ta parole ».

 

3. MARIE c'est un monde nouveau

 

Finalement, Marie immaculée atteste que le mal n'aura pas le dernier mot, que Dieu vient nous rejoindre comme nous sommes, là où nous sommes. Marie nous donne le Christ dans son humanité.

A nous, revient la tâche de l'accueillir, de le connaître et de l'annoncer. Nous n'avons pas à inventer Jésus Christ mais à l'accueillir. Il est porteur de l'unique bonne nouvelle : celle qui nous dit qui est Dieu et qui nous sommes. De cette bonne nouvelle vous serez à la fois les témoins et les messagers. Vous le serez dans un monde païen, dans une société qui n'est plus catholique, mais qui, dans le fond, n'est pas sourde aux questions fondamentales : je pense à des agnostiques ou même à des athées : Marcel Gauchet, Régis Debray, Luc Ferry. En outre, il est certain que l'émergence d'une identité musulmane nous interroge. Mais tout cela représente aussi un stimulant et une redécouverte de la nécessité de l'identité chrétienne.

 

Quoiqu'il en soit, aujourd'hui il faut beaucoup de courage pour:

 

= dénoncer la tyrannie de l'argent, de l'économique, de la chair, de toutes ces idoles du moment.

= faire découvrir à nos proches que le bonheur ne se trouve que dans le partage.

=résister à la corruption, à l'égoïsme, à la violence par des choix et des attitudes totalement opposées.

 

Vous, chers Amis, vous aurez l'avantage de devoir prêcher l'Evangile dans toute sa radicalité. Nous ne pouvons pas épuiser nos énergies pour des questions secondaires. Si la tâche vous parait surhumaine, méditez le mystère de l'Annonciation, approchez-vous de la crèche. Vous percevrez

vite que Dieu ne demande jamais aux pécheurs que nous sommes des efforts Ou des solutions qui relèvent du prodige . Toutes les exigences chrétiennes, toutes nos croix, toutes sont à notre taille!

Il y a une logique de l'agir de Dieu qui traverse tout la Premier Testament et se révèle à Bethleem. Cette Iogique de Dieu est admirablement résumée par une épitaphe qui orne le tombeau d'Ignace

de Loyola :«non coerceri D1 i.mo,contineri tamen a minimo, divinum est» (ne pas être limité par le plus grand et s'en tenir pas moins dans les limites du plus petit est divin). Dieu est discret, il ne s'impose pas. Il respecte notre liberté. Et l'homme peut dire non ! Holderlin «Dieu a créé l'homme, comme la mer fait les Continents : en se retirant ».

 

Que Marie nous aide à toujours dire « oui » à Dieu, à aimer ce qui est simple, à nous faire proches des « petits ». Je termine en laissant la parole au Saint Père qui, dans Deus Caritas est affirme :

 

« Marie est grande parce qu’elle ne veut pas se rendre elle-même grande, mais elle veut rendre Dieu grand. Elle est humble elle ne veut être rien d'autre que la servante du Seigneur. Elle sait qu'elle contribue au salut du monde, non pas en accomplissant son œuvre, mais seulement en se mettant pleinement à la disposition des initiatives de Dieu ». Portrait suggestif de Marie, mais aussi programme de toute vie sacerdotale !

 

Prions donc les uns pour les autres pour qu'à chacun soit donnée la joie de croire, la liberté intérieure de toujours dire « que tout se passe selon ta parole » et le courage de servir ! Mère de Dieu Tu t'es abandonnée complètement à l'appel de Dieu, Guide-nous vers Jésus Enseigne-nous à le connaître et à l'aimer, Afin que nous puissions, nous aussi, devenir capables d'un amour vrai et être source d'eau vive au milieu d'un monde assoiffé (Benoit XVI Deus caritas est)

 

« Vierge Marie, je vois l'Église ouverte

Il faut entrer.

Mère de Jésus Christ, je ne viens pas prier.

Je n'ai rien à offrir et rien à demander.

Je viens seulement,

Mère, pour vous regarder.

Vous regarder, pleurer de bonheur,

Savoir cela :

Que je suis votre fils et que vous êtes là ».

Adresse : Via santa Chiara, 42. 00186 Roma. Italie. Tél : 0039 06 68 02 11

Séminaire pontifical français de Rome - 8 décembre 2012 - L'Immaculée Conception.
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