Béatification d’un ancien du Séminaire français : Miroslav Bulešić

  

Béatification le 28 septembre 2013 à Pula en Croatie d’un ancien du Séminaire français :

Bienheureux Miroslav Bulešić (1920-1947)

 

 

 

Séminariste étudiant à Rome, il passe l’année scolaire 1939 – 1940 au Séminaire français, une photo dans le Cortile (cf. suite de l'article) vient confirmer ce que disent les documents de l’époque.

Ordonné prêtre en 1943, il aura quatre années de ministère fécond dans son pays avant de mourir martyr le 24 août 1947. Sa liberté intérieure, son courage et sa foi pour suivre le Christ et travailler à la mission de l’Eglise l’ont rendu insupportable au régime communiste de Tito qui va décider son exécution. Ses notes personnelles, retrouvées après sa mort, laissent transparaître une âme de feu, totalement offerte pour le salut du monde, et en particulier de son peuple.

 


 Sa vie

Fils d’agriculteur, Miroslav est né dans le village de Cabrunici en Istrie, le 13 mai 1920. Entre 1931 et 1939, il fréquente le lycée du séminaire interdiocésain de Capodistria. Il est ensuite envoyé par son évêque poursuivre ses études à Rome. Il devait rejoindre le collège Lombard mais, comme il était déjà complet, il est accueilli au Séminaire français pour l’année scolaire 1939-1940et suit la troisième année de philosophie à la Grégorienne. Nous trouvons dans son dossier quelques courriers de vacances pour le Recteur et des avis très favorables des formateurs : C’est un brave garçon, encore à former. Il a une bonne piété et une bonne régularité. Dans ses études il a du goût pour la philosophie. C’est un homme qui aime les relations extérieures. L’année suivante il rejoint le collège Lombard pour ses études de théologie, toujours à la Grégorienne. Ordonné prêtre le 11 avril 1943 à Rome, il rejoint son pays en juillet suivant, au terme de ses études.

Comme premier ministère, il reçoit provisoirement l’administration de la paroisse de Baderna. C’est l’époque de l’arrivée au pouvoir de Tito et la persécution de l’Eglise commence dans la Yougoslavie communiste. Sans se préoccuper des dangers, le père Miroslav Bulešićest proche de ses paroissiens. Il a une grande facilité de contact. Se dévouant à tous, il leur rend visite, les console et les encourage. Avec l’aide de l’évêque, il réussit à sauver un bon nombre d’entre eux. Les partisans du régime l’accusent de collaborer avec les Allemands et de dissuader les jeunes d’entrer dans leurs rangs ; les menaces de mortse font de plus en plus fréquentes. Transféré dans la paroisse de Kanfanar, il se dépense sans compterpour raviver la foi et catéchiser les plus jeunes. Ilgagnerapidement l’estime et la confiance de la majorité des paroissiens, mais s’attire aussi la haine de certains, en particulier des communistes au pouvoir, prêts à tout pour empêcher le travail pastoral du jeune curé.

Moins d’un an plus tard, l’évêque lui confie la charge de vice-recteur et de professeur de philosophie et de religion au séminaire de Pazin, ouvert l’année précédente ; il s’y installe le 12 février 1947. Le dimanche 24 août 1947, il accompagne Mgr J. Ukmar pour la célébration des confirmations à Lanišce, un village de Cicérie (Istrie septentrionale). Juste après la célébration, en entrant dans le presbytère, il est agressé par un groupe d’hommes armés qui le rouent de coups de bâton et le jettentcontre les murs. On finit par le jeter par terre près de la porte, et on le tue à coup de couteau. L’OZNA (la police secrète) essaie alors d’obtenir des médecins une attestation selon laquelle le père Miroslav Bulešić serait mort d’un arrêt cardiaque, mais ceux-ci refusent de signer le document. Un témoin raconte : « Il avait le visage couvert de sang, du sang sortait de sa bouche. Pendant qu’on le maltraitait, je l’ai entendu deux fois dire ces paroles : "Jésus, accueille mon âme" ».

  

Quelques citations du bienheureux :

 

1942 : Lettre à sa mère, au sujet de la guerre en cours : « Comment Dieu tolère-t-il tout cela ? Mais pourquoi me poser cette question, s’il ne m’est pas donné de savoir la réponse ? Père, que ta volonté soit faite. »

 

11 avril 43 : « L’ordination sacerdotale : dans quelques heures, je deviendrai prêtre. Mon Dieu, je m’offre tout entier à toi, je me donne tout entier à toi, je veux être tout entier à toi maintenant et pour toujours. Je veux te servir fidèlement. Ta gloire et le salut des âmes ! Humilité et esprit de sacrifice ! Je me dévouerai entièrement à la paix et au salut de notre peuple ! J’offrirai la messe pour moi-même en signe de gratitude, pour le pardon des péchés et pour engager toute ma volonté dans l’obéissance à Dieu... »

 

23 mai 43 : « Je suis prêtre... Une vie nouvelle a commencé pour moi. La vie sacerdotale. J’ai eu une sensation extraordinaire quand, ému et avec un immense respect, j’ai proféré les paroles du sacrifice ‘Ceci est mon corps’, ‘Ceci est mon sang’ !... J’ai senti à ce moment que je ne m’appartenais plus, j’ai senti à ce moment que mes mains ne sont plus à moi mais qu’elles sont données à Dieu, je me suis rendu compte à ce moment que mes lèvres ne sont plus mes lèvres mais elles appartiennent à Celui dans le corps duquel j’ai transformé le pain et dans le sang duquel j’ai transformé le vin... »

 

20 novembre 43. Lettre sur sa paroisse : « Si vous saviez quel désert j’ai trouvé : les gens sont loin de l’Eglise (10 à 20 personnes à la messe du dimanche sur une population de 1500 âmes). Ils ne savent pas prier, connaissent très peu notre foi. En somme, un désastre. Je me suis senti découragé. J’ai voulu m’en aller. Monseigneur a insisté pour que je me mette au travail et je m’y suis mis : maintenant, comme un missionnaire, je vais de maison en maison rendre visite aux habitants, les inviter à venir à l’église, les exhorter, les instruire... J’ai tant à faire. Je n’ai même pas le temps de regarder un peu mes livres. »

 

Testament spirituel

Recevant des menaces de mort, Miroslav écrit son testament spirituel, deux ans après son ordination : 

« Conscients d’avoir toujours fait mon devoir, dans l’amour ardent pour mon peuple, pour indiquer encore une fois à mes fidèles la vie de l’honnêteté et de la bonté, je veux t’adresser la parole, ma mère adorée, mes frères très chers, mon peuple bien-aimé.

Merci à toi, O Maman, pour tous les sacrifices que tu as fait pour moi, pour l’amour que tu m’as toujours donné jusqu’au jour où tu as pu me voir prêtre à l’autel. Maman, que Dieu te récompense pour tout cela dans l’au-delà. Dans ce monde, que Dieu t’accorde son réconfort pour que tu puisses affronter l’épreuve avec force et avec amour. Maman, ne pleure pas. Ton fils souffre pour Dieu, pour l’honnêteté et pour la foi. Maman, merci !

Je ne peux pas, en cette occasion, ne pas me mentionner mon père défunt qui a été victime de son propre devoir et de l’amour paternel. Je sens mon cœur se briser, en pensant combien il a souffert pour moi. Que Dieu lui accorde le repos éternel.

 Merci à mes frères, à ma défunte sœur Marie, à mes sœurs Lucie et Zora, au frère Beppo. L’amour fraternel a toujours été vivant entre nous. Qu’il en soit toujours ainsi dans le futur. Dieu vous défendra de tout mal et vous accompagnera toujours dans la vie. Que mon frère et ma sœur me suivent dans la vie sacerdotale ou religieuse. Que Dieu vous accorde cette grâce !

Maman, mes frères et sœurs, soyez forts. Ne vous découragez pas ! Persévérez toujours dans la grâce sanctifiante. Nous souffrons tous pour l’amour de Dieu. Toutes les choses de ce monde finiront, la souffrance et la tristesse, tandis que dans l’autre la gloire nous attend si nous savons souffrir pour l’amour de Dieu. Je peux tout en celui qui me donne la force. Merci à vous tous, mes parents, mes amis, mes connaissances et mes bienfaiteurs.

Merci aussi à toi, o mon cher peuple. J’ai été peu de temps avec toi. Mais cela a été suffisant pour te connaître, pour voir tes défauts, tes erreurs. J’ai connu ton âme, j’ai senti tes difficultés, parce que tes difficultés étaient mes difficultés, tes tristesses étaient mes tristesses. Oh oui, le premier dimanche où j’ai célébré ici la messe, j’ai pu te recommander la vie chrétienne. Cette recommandation a toujours été présente dans mes homélies. Soyez des chrétiens au vrai sens du terme. Ne soyez pas des chrétiens seulement à moitié. Nous sommes devenus amis en peu de temps ! Nous étions d’accord en tous points. Je vous accueillais tous, je parlais avec tous, je vous donnais de bons conseils, je vous consolais tous et vous aidais tous. Je ne me suis jamais détourné du pauvre, le laissant les mains vides. J’intervenais pour ceux qui étaient en prison et, avec l’aide de l’évêque, j’obtenais leur libération. Je peux dire que j’ai sauvé la vie de plus d’une centaine de personnes. J’ai enseigné aux enfants la doctrine chrétienne parce que c’était mon désir le plus cher qu’ils soient éduqués dans l’esprit de la foi, dans l’honnêteté et la bonté. Quand je suis venu ici, j’ai trouvé des jeunes de 20 ans qui n’avaient encore jamais fait leur première communion.

Je peux dire en conscience que j’ai fait du bien à tous, du mal à personne. Mais toi, o mon peuple, tu n’as pas été reconnaissant. Je te demande : Que t’ai-je fait, en quoi t’ai-je contristé ? Réponds-moi ! La réponse, je l’entends déjà. Tu ne veux pas vivre chrétiennement. Tu ne veux pas servir Dieu et respecter ses commandements. Tu veux servir le Diable. Penses-y, O mon peuple, convertis-toi au Seigneur. Ma pensée va à tous les villages et je vois combien vous êtes occupés à vos affaires, je vois comment vous vous rebellez contre Dieu avec vos horribles blasphèmes, avec la violation des fêtes, avec le manque de respect du mariage. Mon peuple, Dieu désire que tu te convertisses à lui.

Voici ma dernière recommandation : soyez de vrais chrétiens. Servez le Seigneur et vous serez bien dans ce monde et dans l’autre. ADIEU !

Que Dieu tout-puissant vous bénisse, Père et Fils et Saint Esprit.

 Je demande pardon à tous. Ma vengeance, c’est le pardon.

O Dieu, pardonne à tous et convertis-les tous à la vie droite. »

A Baderma, le 23 avril 45.

Mirolav Bulesic

Adresse : Via santa Chiara, 42. 00186 Roma. Italie. Tél : 0039 06 68 02 11

Séminaire pontifical français de Rome - Béatification d’un ancien du Séminaire français : Miroslav Bulešić.
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