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Interview des « hôtes permanents » du Séminaire

Interview de deux prêtres expérimentés habitant au Séminaire pour leur temps d’études à Rome.

Le père Patrick et le père Badeea sont tous deux venus étudier à Rome après un long temps de ministère. Ils ont fait le choix d’habiter au Séminaire français comme « hôtes permanents » : ils partagent la vie de la maison sans assumer toutes les dimensions de la vie d’un séminaire. Nous les avons interviewés pour qu’ils témoignent de leur expérience romaine.

Les Echos de Santa Chiara – Qui êtes-vous ? Parlez-nous de votre ministère de prêtre, de votre diocèse et de votre pays.

Père Patrick Esomba – Je suis l’abbé Patrick Polycarpe Essomba, camerounais, prêtre du diocèse de Mbalmayo, ordonné le 2 juin 2011. Une fois ordonné prêtre, j’ai travaillé dans mon diocèse comme formateur puis recteur du petit séminaire, curé de paroisse et formateur dans les deux grands séminaires de la Conférence épiscopale provinciale de Yaoundé (CEPY). Le Cameroun est un beau pays, un pays de paix, mais qui traverse quelques difficultés du point de vue sécuritaire au Nord, Nord-Ouest et au Sud-Ouest.

Père Badeea Butrus – Je suis le père Badeea Butrus, ça fait vingt ans cette année que je suis prêtre. J’appartiens au diocèse de Montréal (Canada). J’ai enseigné à l’université, en théologie et en théologie pratique, deux disciplines dans lesquelles j’ai un doctorat. En même temps, j’ai été formateur des agents pastoraux, surtout en ce qui concerne l’accompagnement des catéchumènes. Désormais, je suis curé de la paroisse qui a sur son territoire l’université de Montréal, où j’ai précédemment enseigné. Nous y accueillons donc de nombreux étudiants, dont des étudiants français. Le diocèse de Montréal est bilingue. J’ai donc eu à exercer le ministère dans des milieux francophone et anglophone. Or, la culture des ces deux milieux est très différente, et on sent cette différence selon que l’on passe dans une paroisse anglophone ou francophone. A l’échelle du pays, et plus particulièrement de la Province du Québec, le rapport à la religion est problématique pour des raisons socio-historiques. Dans les années 70 a eu lieu ce qu’on a nommé la « révolution tranquille ». Québec, qui était une région très catholique, l’est devenue beaucoup moins. La séparation qui en a résulté est non pas tranquille mais agressive : l’État ne veut pas entendre parler de la religion catholique, car la foi est réduite à une affaire privée et dont on ne doit pas parler. Aujourd’hui donc, notre diocèse est une terre fertile de mission et de nouvelle évangélisation, un lieu d’appels du Seigneur.

ESC – Pourquoi êtes-vous venus à Rome ?

P. BB – Je passe ici une période de formation continue. Quant à la question « Pourquoi Rome ? », c’est un peu celle que m’a posée mon archevêque : pourquoi Rome ? N’a-t-on pas tout le nécessaire en Amérique du Nord ? Or, j’ai déjà fait tous mes travaux de recherche en Amérique du Nord, dans le champ de la théologie œcuménique. C’est pourquoi je voulais m’ouvrir davantage au monde universitaire européen, qui se distingue par ses références et sa façon de penser. Et puis, Rome attirant des étudiants et chercheurs de tous les continents, y compris l’Afrique et l’Asie, on y jouit de contributions du monde entier. Rome est une ville universelle où l’on parle toutes les langues.

Mes travaux sont des travaux d’approfondissement : j’ai suffisamment de diplômes comme ça, mais je voulais creuser certains sujets. A l’université grégorienne, je suis des cours de la faculté de Missiologie, dans un programme sur le dialogue interreligieux et l’évangélisation. Et à l’université Saint-Thomas d’Aquin (Angélique), je suis des cours de la section de théologie œcuménique. Ces trois pôles –dialogue interreligieux, œcuménisme, et évangélisation– me semblent au cœur des grands enjeux auxquels l’Eglise fait face aujourd’hui.

De plus, je suis heureux d’apprendre l’italien. Nous avons beaucoup de communautés italiennes à Montréal. Je m’habitue à célébrer la messe en italien ici à Rome. Ainsi je pourrais rendre ce service à mon retour dans mon diocèse.

P. PE – A l’Université catholique d’Afrique Centrale, j’ai obtenu un Master en théologie pastorale. J’avais travaillé sur la problématique de l’administration du sacrement des malades auprès des enfants. C’était donc un sujet de pastorale sacramentelle. Mon évêque, Mgr Joseph-Marie Ndi-Okalla, a bien voulu me donner l’opportunité de passer le doctorat non plus en théologie pastorale, mais en théologie sacramentaire. C’est pourquoi je suis inscrit à l’université Saint-Anselme cette année où je m’imbibe de la culture de la théologie sacramentaire.

ESC – Qu’est-ce qui vous a fait décider de résider au Séminaire français ?

P. PE – Pour ma part, je ne suis jamais venu à Rome ni même en Europe auparavant. Mon évêque, quant à lui, a étudié en Europe. Le Cardinal Poupard, à l’époque formateur au Séminaire des Carmes de Paris les amenait une fois par an passer une semaine dans ce séminaire romain. Il m’a alors fortement recommandé ce lieu calme et protecteur auquel lui sont attachés tant de bons souvenirs.

P. BB – Je pense que c’est la Providence qui m’a amené jusqu’ici. En préparant mon temps de formation continue à Rome, je cherchais un lieu d’hébergement. J’ai écrit à plusieurs maisons, et je ne recevais que des réponses peu aimables ou peu satisfaisantes. Et puis, en cherchant sur internet, je suis tombé sur le site du séminaire français, qui est extrêmement bien fait. Via le site j’ai été mis en contact avec l’économe, Mgr Debergé. Il m’a répondu de façon si charmante et si spontanée que j’ai tout de suite su que je serais bien ici. En plus de tout cela, le séminaire ici est proche de toutes les universités. Vraiment, je le disais encore dernièrement à un ami québécois : je crois que Dieu voulait que je sois avec les Français cette année !

ESC – Dans ce temps passé au Séminaire français, pour quels motifs particuliers rendez-vous grâce
à Dieu aujourd’hui ?

P. PE – L’accueil que j’ai reçu ici a été excellent, et nous menons ici une vie de famille. L’état d’esprit de la maison est de fait très conviviale, et le recteur y contribue beaucoup. A certains égards, il fait un peu figure de pater familias. Certes, il y a des activités qui sont propres aux séminaristes en formation et auxquelles je ne participe pas, mais j’ai beaucoup de joie à partager la vie de la maison au réfectoire, sur les aires de jeux faisant désormais partie du club de football des séminaristes, à la chapelle où la liturgie est très belle. Et c’est ici au séminaire que j’ai pu présider la messe pour la première fois à Rome. Ce jour-là, il y avait un grand groupe de jeunes français en visite. J’y ai vu un signe du Seigneur, qui a voulu que je me sente comme au pays : avec de belles grandes assemblées ! Par ailleurs, j’apprécie beaucoup la qualité de la bibliothèque du séminaire qui est très bien fournie en livres théologiques. Enfin, sur le plan pastoral, grâce au Père Lalane, je fais partie des membres d’un groupe Foi et Lumière (NDLR : mouvement ecclésial d’accompagnement d’enfants en situation de handicap et de leurs familles). Je vis des moments de ressourcement tant intellectuel que spirituel dans cette maison et je m’enrichis ici de pratiques de formations qui pourront m’être utiles plus tard en Afrique pour le bien de l’Eglise.

P. BB – En ce qui me concerne, j’aimerais commencer par dire que j’apprécie beaucoup l’équipe de direction du séminaire, que je trouve de grande qualité. Et je trouve très juste l’intuition qu’ils ont eue d’accueillir des prêtres étrangers tels que nous. Le séminaire est en effet un lieu de formation, et l’ouverture humaine qui y est cultivée est selon moi très éducatrice pour de futurs prêtres : pas seulement quant aux cultures et nationalités, mais aussi quant à l’âge et au statut. Par exemple, je suis en période de formation continue, sur le modèle de l’année sabbatique, et je trouve facilement ma place auprès des séminaristes et prêtres étudiants de la maison !

Par ailleurs, je suis touché de la belle fraternité qui règne parmi les prêtres et diacres étudiants de la maison. Certains ont rapidement eu la délicatesse de m’inviter à l’une ou l’autre initiative, ou de me donner de bons conseils pour moi qui suis nouvel arrivant à Rome. Grâce au conseil du père François par exemple, je vais bientôt assister à l’office de la Passion de la basilique Saint-Pierre.

Et puis, je sais que je ne suis pas ici comme dans n’importe quelle maison d’hébergement de prêtres. C’est avec un certain sens de la responsabilité et avec beaucoup de respect pour la vocation éducatrice de l’institution que je vis dans cette maison de formation. Alors, si j’apprécie la belle dynamique humaine du séminaire français, j’essaie aussi de prendre soin des membres de la communauté comme des personnes en cours de formation.

Je conclue sur le fait que la liturgie est ici très belle. Je vois que les séminaristes la soignent beaucoup, et y consacrent beaucoup d’énergie. Non seulement je comprends que c’est un point de formation capital des futurs prêtres vivant ici. Mais c’est aussi pour moi considérablement porteur dans ma vie de prière.